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HISTORIA

Remember Jean Zoa (1998—2013)

Médiatiquement Vôtre !
20 mars 1998 (vendredi). Il fait beau sur Yaoundé…
L’énorme boule incandescente – jaune or ! – irradie obliquement ses rayons catholiques dans le céleste parvis, par la nef latérale de cette Cathédrale Notre-Dame-des-Victoires où du beau monde endimanché a pris place et attend ; en compagnie de la chorale classique de feu Me Elle Ntonga ; et des mille et une couleurs d’un vitrail rasséréné…
Au premier plan, l’Homme – président et sa suite : la quasi – intégralité du gratin politico – administratif ; militaro – diplomatique ; etc. venu se recueillir, pour la toute dernière fois, autour de la dépouille mortelle du tout premier Evêque de Mbalmayo…
Côté clergé, le Cardinal Tumi et le Nonce apostolique ; en plus de la panoplie de chasubles violettes ; mitres étincelantes et tenues immaculées ; des prêtres ; des Evêques ; qu’accompagne docilement la flopée de servants de messe qui, habilement, s’affairent pieusement autour dudit autel, si hautement fleuri ; illuminé de bougies – embaumé d’encens…
Dignité ecclésiastique ; règles de l’art catholique, pour un faste cérémoniel destiné à marquer d’une ‘pierre particulière’, la ‘grave’ solennité du tout dernier Hommage en la Cité – capitale, rendu à l’un des tout premiers Evêques (1955) de l’Afrique noire francophone : Monseigneur Paul Etoga (1911 – 1998). Décédé à Mbalmayo, une semaine plus tôt, ce vendredi 13 mars 1998. La présente cérémonie étant retransmise en direct de la Crtv – radio et télévision…
Au moment où l’Archevêque de Yaoundé, Mgr Jean Zoa, s’apprête à retrouver le prône, l’on ne se doute guère qu’il ne prononcera jamais son homélie funèbre – là ! De fait – et contre toute attente ! – le tout premier pallium (autochtone) de la province ecclésiastique du Cameroun – lorsqu’il n’y en avait qu’une seule en 1961 – s’écroule aussitôt, sans pouvoir quitter sa cathèdre ! Stupeur ! Consternation ! Victime de fatale dépression cardiaque ! Transporté d’urgence à l’Hôpital central de Yaoundé, il ne s’en relèvera plus jamais…
‘Evénement dans l’Evénement !’ Pour tout dire !
Et Historia, de retenir qu’en ce mémorable jour, à Yaoundé (Cameroun), « un illustre départ ad vitam aeternam en aura caché un autre ». Deux Evêques – pionniers, dans le même train de la mort – l’on n’en eût pas dit plus ! Le train de l’un en ayant (bel et bien) caché celui de l’autre.
Trois (3) décennies auparavant, les deux Evêques – pionniers étaient bel et bien à Rome, à Vatican II! Représentants de l’Eglise catholique qui est au Cameroun à ce Concile œcuménique, estampillé par leurs homonymes respectifs, les papes Jean (XXIII) et Paul (VI). Assemblée ouverte par Jean, ce 11 octobre 1962, décédé au cours des travaux ; pour être close par Paul, son successeur, ce 08 décembre 1965…
Homonymie remarquée, à relever opportunément, face au présent « drame » ecclésiastique, du dernier jour des deux Evêques locaux – Jean et Paul ! Considérés, à tort ou à raison, comme ayant apparemment été des « bons ennemis cordiaux ». Eux qui, à l’arrivée et de façon aussi captivante, adviennent à se tenir la main pour enfin tirer la révérence, en cette même et fatidique Semaine, d’emblée consacrée, du 13 au 20 mars.
Sur ce, quel que soit l’angle par lequel l’on voudra bien considérer et/ou décrypter la présente situation, ne sommes – nous pas en présence, tout bien considéré, de quelque ‘mystère’ de plus, à élucider tôt ou tard ? A insérer sans bavure parmi les ‘faits marquants’ de la grande Histoire de l’antique Eglise romaine ? A ranger, dans tous les cas, parmi les énigmes les plus illustratives du Concile précité, Vatican II – convoqué par Jean, pour être clos par Paul. Ses conclusions ayant, en effet, littéralement, ou sinon, totalement reconfiguré le visage vétéran du Christianisme catholique qui, désormais, affiche promptement, bravement et de façon altière, sa plus impressionnante mutation de tous les temps ?

Le Train de la Mort
Insondable destinée, dirait – on enfin sans risque de se tromper. En revoyant, 36 années auparavant, la séquence de ce mémorable train ! Comme une légende prophétique ! Nouvellement promu à la dignité épiscopale, le jeune Archevêque de Yaoundé, Jean Zoa, se trouve dans l’obligation de ‘faire face’ au pouvoir temporel. Pour la cause de la Vérité ! De boire, jusqu’à la lie, sa coupe pastorale ! C’était le 1er février 1962 : 52 personnes, arrêtées à Douala et dans l’ouest du pays, pour avoir… ‘distribué des tracts’ ! Parquées dans le fourgon d’un train, à destination de Yaoundé. A l’arrivée (du train), 25 cadavres, pas moins !
Tentative officielle de dissimuler la bavure ? Rien à faire ! Du haut de sa chaire, Jean Zoa va protester ! Energiquement ! En célébrant sans coup férir une « messe de requiem pour les 25 disparus ». En faisant par la suite largement diffuser ladite information dans sa lettre pastorale ! Ahidjo en est furieux ! Il n’oubliera pas de si peu ce ‘bras de fer’ du prélat catholique, décidé à respecter ses engagements devant Dieu, devant les Hommes !
Ouverture d’une enquête gouvernementale dont les résultats – suivez notre regard ! – ne seront jamais connus…
Il y a de cela quinze (15) ans tombait l’Ouvrier du Christ : Jean Zoa. Sur le champ de la bataille – les armes à la main ! Et Historia de retenir, pour le pasteur qu’il fut, qu’il aura certainement quitté ce monde de la plus belle manière possible, à l’occasion de cet ultime direct médiatico–religieux ! Au terme d’un épiscopat dont l’une des principales caractéristiques aura été « l’usage approprié, efficace et à bon escient, de la magie des médias »…
Tant de formules enlevées, prononcées ex cathedra, expressément confectionnées d’avance, pour frapper les esprits : du « Cameroun qui ressemble à un homme tombé entre les mains des bandits » à certaine ‘corruption de nos routes’, perpétrée par des « mendiants déguisés (sic) » ! C’est cette voix, en effet, unique et orthophonique, plus ou moins métallisée, de ce Prélat de l’Eglise et de la République qui, éteinte à jamais, nous manquera certainement... Requiescat in pace !

    Daniel Boo




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